La Fin des Jours - Récit impossible

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La Fin des Jours - Récit impossible

Message par Corwin le Lun 23 Sep - 1:06

La Fin des jours - Récit impossible.

"L'histoire de l'être que je vais conter ici mérite à juste titre son qualificatif d'impossible : personne ne peut se targuer de la connaître dans son intégralité, juste des fragments épars, des tranches de vie hétéroclites. Mon travail aura été de les rassembler et de les ordonner pour enfin leur donner une forme appréciable, qui n'en sera que plus romanesque encore. Le Vashta Ner'ada lui-même ne pourrait la raconter, car il ne connaît pas tous les épisodes de sa propre existence.
Il est de ces hommes qui ne s'épanouissent pas dans la lumière du soleil, mais qui, au contraire, se repaissent du mépris de la lune. Il y a certains êtres encore, qui connaissant le destin de l'univers en reviennent à jamais différents de nous. Ceux-là, ce sont des dieux abyssaux, des monstres hantant le soupir des Mondes."

Thrysta Vindr, chroniqueur, d'après témoignages et étude des notes des mages Foltrow et Sewyr du Kirin Tor.

Prélude : L'Eclipse de l'an six.

An six - Gilnéas Nord.

Gramsbury était un petit hameau d'environ deux-cents âmes sis dans une clairière aménagée à la lisière de la forêt de Longborn. Des habitations de de pierre grise locale, couronnées de toits d'ardoise se blottissaient près de la chapelle centrale du village, pressées de se rapprocher du Sacré. Toutes les fins de semaine, après le long et harassant travail aux champs, dans la forêt, dans les ateliers ou dans les maisons, les hommes et femmes, en compagnie de leurs enfants de tous âges, en bons Gilnéens pieux se regroupaient dans la salle de la petite église, priaient et chantaient sous la baguette du prêtre officiant. Tout était calme. Paisible. Immuable, inchangeable, une espèce de temps béni et infini, auquel nul n'espérait de fin. Aucune variation ni surprise. La bonne foi des habitants éloignait le malheur, de même que leur respect idolâtre des superstitions.

Sauf ce soir-là. Les vêpres du solstice d'hiver.

Madame Amberson, en compagnie de son époux, sourit au curé qui les accueillait sur le parvis, alors que les cloches commençaient à sonner. Le froid se faisait vif, le givre cristallisait déjà les toits et les vitres de la bâtisse. Elle pouvait compter chacune de ses rides, et cette vieille tête chenue ne perdait jamais son sourire aimable et son humeur placide, comme touché depuis longtemps, depuis sa lointaine ordination par la Grâce. En retour, il lui sourit et s'enquit du bon cheminement de sa grossesse. Dans un soupir ravi, elle lui répondit que tout allait pour le mieux, et que le terme n'était prévu que pour dans un mois plein, fort heureusement. Évidemment, son médecin de mari l'aiderait à mettre au monde son septième enfant. Discussion rassurante, banale, récitée tel un mantra, car ce soir devait se produire une éclipse des deux lunes.

Une croyance courait parmi les paysans et attribuait aux éclipses, qu'elles soient partielles ou totales, d'une seule ou des deux lunes, certains pouvoirs occultes. De manière positive, celles-ci favorisaient les récoltes et rendaient les chasses fructueuses. Plus sinistrement, c'était un grand malheur si un enfant naissait à ce moment fatidique (aucun cas n'a cependant été rapporté). Les bêtes domestiques naissaient difformes, ou folles, et c'était bien pire pour les sauvages, qui devenaient sanguinaires. Un épais brouillard de magie entourait ce phénomène et ses conséquences et elle était très mal perçue par ces populations pragmatiques. La rebouteuse de Gramsbury souffrait de ce préjugé, connaissant certains secrets de la Nature et des sorciers des moissons vivait à l'écart du village, seule. Cette croyance faisait partie d'un vaste panel de coutumes, variant parfois d'une contrée à l'autre, mais toujours s'enracinant dans un terreau fertile d'histoires de vieillards et de légendes pour voyageurs égarés. C'était donc dans ce contexte inquiet que s'insérait madame Amberson, et toujours dans le même qu'elle fila prendre place sur l'un des bancs les plus proches de l'allée, quelque part entre la septième et la huitième rangée, près du bout de la première travée. Comme toujours, la chapelle présentait au regard fatigué ses lignes sèches, sa chair de pierre grisée par le temps et de bois assombri par les vapeurs de milliers d'encensoirs à travers le temps, toujours plongée dans une demi-pénombre apaisante. Seul le chœur était plus ou moins illuminé par la faible lumière naturelle provenant de trois petites ouvertures percées dans la voûte de l'abside. Pour le reste, des candélabres d'acier patiné supportaient des brassées de chandelles qui combattaient sans grand succès l'obscurité de la nef unique. Ce n'était pas une église très riche, comme dans la capitale, ou même les plus gros bourgs, ni même influente : pas de jubé richement sculpté pour séparer fidèles et officiants, un simple chancel antique ajouré, arrivant à mi-cuisse. Mais elle était aimée ainsi par ses habitants, et nul ne voulait la voir changer.

La messe débuta par un court psaume, récité tout d'abord par le père Wandricks seul, puis suivi par l'assemblée. Madame Amberson y joignit sa voix, plutôt fluette, mais sentit que quelque chose n'allait pas. Elle le sentait remuer de trop. Les chants autour d'elle résonnaient peu à peu trop fort. Pour s'apaiser un peu, elle prit de plus longues inspirations, sabrant évidemment certaines syllabes. Ce n'était qu'une fausse alerte, se dit-elle, une simple migraine. Il n'y avait pas, ne devait pas avoir à s'inquiéter.

Et pourtant, ça ne daignait pas cesser. Ça s'amplifiait. Les vertiges s'accompagnaient désormais d'une souffrance croissante qu'elle connaissait bien maintenant, qui lui cisaillait le ventre et s'enracinait profondément dans ses hanches. Elles étaient bien là, avec un mois d'avance, et en pleine messe, sous une éclipse totale. En panique, elle alerta son mari d'un regard, sa poitrine se soulevant rapidement, ses mains devenues moites froissant le tissu de laine de sa robe.
Reginald Amberson comprit en un instant toute l'étendue du problème. Il n'avait rien sur lui pour apaiser les douleurs de sa femme et faciliter son travail. Il voulut s'approcher d'elle pour la guider discrètement vers la sortie.

Le premier cri de Rosalina déchira l'harmonie a cappella soigneusement tissée par les voix de ses voisins, renversa les notes et brisa les silences imposés. Comme un bloc, la population rassemblée ici-bas de retourna vers la source de la discordance, découvrant une madame Amberson à genoux, à moitié dans l'allée centrale, mains crispées sur son ventre énorme et tressaillant, yeux fermés, joués inondées par deux ruisseaux de larmes, les traits déformés par une vive et atroce douleur. Près d'elle, son époux tentait tant bien que mal de la détendre pour la motiver à se lever, murmurant à son oreille.
Le père Wandricks quitta le maître-autel et s'approcha du couple, tout d'abord seul, puis suivi par les occupants des premières rangées. Sa voix râpée par les années s'éleva dans le brouhaha qui avait envahi la nef, cherchant à apaiser les esprits enflammés, et son regard croisa celui de Reginald. Un courant de compréhension tacite circula entre les deux, et l'homme de foi requit que les plus forts aillent aider monsieur Amberson à porter son épouse jusque chez elle, afin que nul liquide ne vienne à souiller le sol sacré. Immédiatement, trois gaillards de ferme se présentèrent et se mirent en position pour soulever Rosalina.

Une nouvelle volée de hurlements figea l'assemblée. Rosalina venait de perdre les eaux, et les plus dévots crièrent au sacrilège (on rapporte à ce propos qu'ils n'étaient pas aussi nombreux qu'il avait d'abord paru) et voulurent, sans manières ni égard aucun, précipiter dans la neige fraîchement tombée l'hérésie se déroulant à leurs pieds. Dépassé, Wandricks dit sortir tous les fidèles par l'entrée de service, celle de la sacristie, puis revint. Seuls restèrent les Amberson et lui-même, qui pour meubler le relatif silence entre les cris autant que pour se distraire de l'ignominie en train de se dérouler et pour écarter quelque peu la divine colère de la Lumière, décida de réciter l'ensemble de son répertoire de bénédictions. Ce mantra se montra d'une aide certaine pour le médecin du village, qui put ainsi focaliser l'attention de Rosalina dessus et la guider dans son travail. Ses contractions se faisaient de plus en plus violentes et brutales, alors qu'elle gémissait et haletait, jusqu'à atteindre leur paroxysme.
Les minutes défilèrent, partagées entre hurlements, chants et murmures angoissés, jusqu'à ce que Reginald put apercevoir la tête du bébé émerger de la gangue de muscles éreintés de l'abdomen de son épouse.

Son premier vagissement fit trembler  les lustres plus fort qu'il n'aurait dû, tandis qu'il nettoyait et contemplait ce quatrième fils nouveau-né, plus petit que la normale. Près de lui, Rosalina se rejetait en arrière, toujours agitée par des contractions, plus dispersées certes, mais lui faisant expulser le placenta. Le père Wandricks s'approcha du père et constata, outre la vigueur du nourrisson, la teinte inhabituelle des quelques petits cheveux parsemés sur son crâne encore écarlate. Il voulait les voir blonds, mais lui-même doutait de cela. Un inexplicable malaise l'envahissait peu à peu alors qu'il regardait l'homme présenter à la femme le petit être. La magie l'environnait, cachée et attentive, comme le disait la croyance.

Au milieu du sang et des humeurs, près des neiges et des rocs, dans le froid ventre de l'église, l'enfant fut prénommé Corwin.

Ainsi naquit le Vashta Ner'ada.

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Re: La Fin des Jours - Récit impossible

Message par Corwin le Dim 6 Oct - 22:04

Chapitre 1 : Une poignée de rubis.

Je le vois, cet être d’une beauté effroyable, alors qu’il fond sur sa proie. Celle-ci n’a même pas le temps de se défendre, ou même d’avoir peur, alors que les rasoirs prolongeant ses poings déchirent ses chairs putréfiées et brisent ses os fragiles, lâchant un râle d’agonie qui le délecte et me glace. A terre, il l’achève sans la moindre once de pitié, machine à tuer parfaitement calibrée, prédateur ultime des hommes et des morts. Mais il me voit à son tour, et au dessus de ce corps râblé, caparaçonné, au dessus de ce sinistre masque d’acier martelé rivé à son visage … sur moi ils sont fixés ! Oh, ses yeux, ses yeux, ses yeux !
Apocryphes de Mandrake, 14, 7-9.

Les premiers jours de sa vie furent difficiles. Prématuré de huit mois, au contraire de ses frères et sœurs très éveillés dès les premières semaines, lui se montrait indolent, ne criant que très peu lorsqu’il était affamé, et d’une santé capricieuse. Cela ne lassait pas de déconcerter Reginald et Rosalina, qui constataient au fil des jours passant la carnation pâlissante de Corwin. En secret, ils espéraient que ce ne soit que le signe de sa naissance avant terme, et non quelque chose de plus grave. Ils avaient hâte de voir la couleur de ses yeux, et tous deux gageaient qu’il avait reçu le vert de son père, peut-être le bleu de sa mère. Entre eux, les parents n’avaient pas évoqué de nouveau les circonstances de sa naissance, et les possibilités qui en découlaient, bien que certains évènements laissaient déjà supposer des choses bien plus sombres.

En atteste le récit que fit Florania, première des filles des Amberson, alors qu’elle était âgée de sept ans (A l’époque de la naissance de Corwin, Julian était l’aîné, âgé de dix ans, puis venaient Caine, huit ans, Flora, sept ans, Bleys, cinq ans ; et enfin, Clarissa et Llewella, trois ans toutes les deux.)

Flora était une petite fille aux cheveux curieusement bouclés, sagement ondulés et rassemblés en deux couettes de chaque côté de la tête. Elle les adorait, et son moment préféré était lorsque sa mère la coiffait avec patience dans sa chambre, bien qu’elle soit tout le temps occupée avec les jumelles, Clarissa et Llewella, trois ans à peine et déjà de vraies petites pestes, et le petit dernier, le bébé. Le matin, elle partait à l’école avec ses deux grands frères apprendre à lire et à écrire, une grande évolution dans la vie du village, depuis l’arrivée d’un maître depuis le chef-lieu du comté. Et l’après-midi, elle occupait ses journées à garder et distraire ses sœurs, ainsi que le rejeton entre ces deux générations, Bleys. Celui-ci n’était pas bien difficile à surveiller, il possédait une âme de littéraire et dévorait déjà les quelques livres de la petite bibliothèque de son père. Flora passait donc son temps à jouer avec les poupées de celles-ci, pour les distraire entre deux siestes, dans leur chambre commune, pourvue de quelques meubles et d’un coffre à jouets, ainsi que d’un tapis de laine.

Cependant, elle ne s’approchait jamais de la chambre de Corwin et de son berceau, quand bien même il le fallait de temps en temps. Quelque chose de fort, d’intimidant l’en tenait éloignée. Et même quand elle le voyait dans les bras de sa mère lorsqu’elle venait lui donner le sein, ce petit être lui inspirait un étrange sentiment de malaise.
Ce jour-là, Clarissa et Llewella dormaient, couchées dans leur lit commun, et Flora, ravie de ce moment de paix bienvenu, se délassait en jouant seule. Bleys était absent, pour une fois dehors avec sa mère et ses frères. Elle était donc seule dans la maison plusieurs fois agrandie, et cela ne la dérangeait pas outre mesure.

Alors que la figurine qu’elle tenait en main gauche s’apprêtait à donner une accolade à celle dans sa main droite, un curieux bruit se fit entendre, faisant légèrement vibrer les murs de sa chambre. Flora sursauta, lâchant l’un de ses jouets et leva la tête. Il lui avait paru être celui d’une chute, quelque part plus loin, et miracle, les filles ne s’étaient pas réveillées. Inquiète que ce soit l’un des bibelots étranges de son père, elle se leva, quitta la chambre sur la pointe des pieds, emportant l’une de ses poupées avec elle.

Au bruit profond avait succédé un silence profond. Pas le moindre souffle de vent. Seule, toute seule. Et le bébé n’avait même pas été réveillé, sans quoi il aurait pleuré, alors que le son provenait de cette direction. L’esprit en alerte, elle entreprit de se rendre jusqu’au réduit qu’occupait Reginald, en passant par le couloir longeant les chambres. Le plancher craqua quelque peu, le passage était plongé dans la semi-pénombre et arriva devant sa porte. Certaine de ce qu’elle allait trouver, Flora l’ouvrit avec assurance.

Rien n’avait bougé. Pas la moindre babiole n’avait été dérangée, ni sur le bureau, ni sur les étagères. Fronçant les sourcils, elle toussota, fit le tour du vaste meuble de chêne et ressortit, pas plus rassurée qu’en entrant. Certes, il arrivait que la maison craque et bruisse, mais uniquement lors d’intempéries ou de vent. Là, il faisait beau et froid. Elle repassa alors dans le couloir quand le son se reproduisit juste sur sa gauche … dans la chambre du bébé, ce qui ne manqua pas de la faire sursauter et de lui tirer un petit gémissement effrayé. Elle considéra la porte lui faisant face, de bois ancien aux planches fendillées et patinées, serrant convulsivement contre elle sa poupée. Plus rien ne suivit, ni ici, ni ailleurs.
Saisissant son courage, Flora fit jouer la poignée de la porte et la laissa filer alors qu’elle jetait un coup d’œil à l’intérieur.
Les rideaux étaient tirés, ce qui amplifiait la semi-pénombre habituelle régnant dans la demeure, agréable pour un enfant fatigué, mais oppressante pour une petite fille qui cherchait à élucider un mystère. Le berceau était appuyé contre le mur à sa gauche, alors que dans ses souvenirs, il était légèrement décalé. Flora s’avança vers lui et s’arrêta net. Quelque chose gisait sur le sol. C’était un trésor de la famille, une petite boîte à musique, qui gisait renversée au sol, éventrée, laissant visible ses entrailles mécaniques. A coup sûr, sa mère allait la réprimander, et elle tenta de réprimer ses larmes, qui coulèrent sur ses joues néanmoins. Il fallait quand même qu’elle s’assure que petit Corwin n’avait rien, quoi qu’il ait pu se passer. Se dressant de toute sa hauteur, elle se pencha sur le berceau, le contemplant, paisiblement endormi, un poing minuscule serré sur sa couverture. Il ne semblait rien avoir eu.

Un grincement retentit derrière elle, ainsi qu’un plat qu’on entrechoque. Flora se retourna vivement, alertée, frissonnante. Effarée, elle vit l’un des bols glisser nonchalamment sur le bois d’une des étagères, poussé par rien du tout, et s’immobiliser à moitié dans le vide. La petite fille murmura d’une petite voix terrorisée d’arrêter, sans se rendre compte de ce qu’elle faisait. Rien ne se produisit, évidemment, et elle se contenta de le regarder en sanglotant de terreur, yeux écarquillés.
Il finit quand même par plonger, après une longue minute, et ce fut avec une rare violence qu’il fut projeté vers le sol et s’écrasa en mille morceaux coupants à travers la pièce. Ne se retenant plus, Flora hurla.

Ce hurlement aigu alerta madame Amberson qui venait de rentrer pour s’occuper de ses filles. Elle se précipita à grandes enjambées dans la chambre de celles-ci, n’y trouva que les jumelles qui s’éveillaient de leur sieste en râlant, et continua son chemin, pénétrant dans la chambre suivante. Rosalina y retrouva Flora qui pleurait de terreur par terre, au milieu de multiples fragments divers et variés. Pour elle, tout était clair, sa fille avait voulu s’occuper du dernier, mais elle était allée trop vite, trop précipitamment, et elle avait cassée de ses affaires.
Elle la releva, s’apprêtant à la gronder, mais fut interrompu par le crissement du deuxième bol, qu’elle vit clairement dériver vers le rebord et suivre la même voie que son confrère, droit vers le sol. Flora redoubla de cris de peur et de larmes, se pendant à ses jambes, et sa mère, inquiète devant ces manifestations étranges, se pencha sur le berceau. Corwin braillait et agitait ses petits bras (il n’était pas très grand, même pour un nourrisson), ses paupières entrouvertes.
Rosalina se saisit de lui et l’observa, presque sûre, comme toute bonne mère mue par son instinct qu’il n’était pas étranger à cela. Mais elle n’était pas préparée à cette vision-là.

Ses yeux n’étaient pas vert comme les siens, ni bleus, ni gris comme ceux de son père, ni bruns ou même noisettes. Non. Les iris de Corwin avaient la teinte claire et scintillante des rubis, c’étaient des iris transparents teintés uniquement par le sang de ses yeux.
Elle conçut alors une grande peur de l’avenir.

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Re: La Fin des Jours - Récit impossible

Message par Corwin le Mer 16 Oct - 6:48

Chapitre 2 : Corwin des Deux Lunes.

"Corwin Amberson est un petit garçon très solitaire du fait de ses différences physiques avec ses camarades : il préfère s'abîmer dans la contemplation d'un paysage comme dans ses études plutôt que d'aller vers autrui, ce qui n'arrange pas son caractère sauvage et parfois explosif. A surveiller."

Monsieur Reckeston

An treize.

L'albinisme de Corwin avait été confirmé au fil des semaines et des mois, à mesure que ses cheveux poussaient, d'un blanc de nacre, translucides. Certes, cela lui conférait une apparence étonnante, presque éthérée, mais entraînait de nombreux problèmes. Ainsi, son caractère était souvent indolent, rêveur et endormi, avec une tendance de plus en plus affirmée à la versatilité. Sous les rayons du pâle soleil gilnéen d'été, sa peau virait en quelques instants à l'écarlate, il était presque en permanence ébloui, même par un luminosité moyenne, ce qui assurait son ascendance : il était voué aux lunes. L'enfant restait très peu avec ses frères et sœurs, ceux-ci ne comprenaient pas pourquoi il ne venait pas jouer dehors en leur compagnie. Il aimait sa solitude, mais tolérait la présence de Bleys, celui-ci lui faisait la lecture des livres qu'il empruntait à droite et à gauche, et ne le jugeait pas, pas même sur sa stature réduite, une bonne quinzaine de centimètres en moins par rapport à ses frères au même âge.

Tacitement, personne dans la famille ne parlait des aptitudes de Corwin, même si certains bruits dans le village commençaient à courir. Lui-même ne s'y penchait pas et ne les employait plus. Selon ses mots, c'était un élan violent, une pulsion irrésistible qui le terrorisait mais, conjointement à cela, il savait, de manière presque exacte, quand ils allaient se manifester, une pure intuition. Ce qui donnait toute latitude pour se préparer au mieux à cette poussée. Il ressentait également cette intuition pour des choses à venir, pour d'infimes événements.

Par exemple, par une froide journée d'automne où le soleil était dissimulé sous une lourde couche nuageuse, lors d'une rare promenade en famille, Corwin annonça, sûr de lui, qu'un chevreuil allait couper leur route, et que celui-ci avait un andouiller brisé. Stupéfait, les Amberson constatèrent qu'il avait raison lorsque ledit animal croisa leur chemin, et effectivement l'un de ses bois avait été nettement raccourci. Cette juste prédiction fut mise sur le compte de la chance et de son extraordinaire talent pour l'observation. Un enfant capable de déplacer des objets sans les toucher leur suffisait amplement.

Cette étrange aptitude trouvait une certaine utilité, tant pour prédire le temps du lendemain que lorsque, bien malgré lui, il se retrouvait sur les bancs de l'école, devinant certaines notions avant même que leçon soit faite, attirant les regards envieux, suspicieux et étonnés de ses camarades, et était perçu comme un simple rat de bibliothèque maladif et précoce. Comme toute société enfantine, celle de Gramsbury ne faisant pas exception et n'échappait pas aux us de la jalousie et coutumes des petites médisances entre marmots. Nul n'y coupait bien longtemps.

La leçon de sciences venait de se clore, et Corwin, comme à son habitude, avait noté à moitié son cours, perdu entre sa riche imagination peuplée des monstres et héros des légendes qui lui étaient contées, et sa prescience. D'ailleurs, il concevait quelques difficultés à bien écrire, et ses rares feuillets étaient manuscrits dans un charabia haché et quasiment incompréhensible. Comme à son habitude encore, il occupait la dernière rangée, seul, la marmaille massée aux avant-postes de la salle de classe. Il se trouvait très bien où il était, cette place lui permettait d'esquiver la majorité des regards lancés lorsqu'il répondait en avance aux questions du maître. De toute façon, cela ne lui importait que très peu, puisqu'il ne les considérait pas comme des amis. Il en avait très peu , pour ne pas dire aucun.

Une fois n'est pas coutume, la classe s'était tenue en fin d'après-midi, le temps ayant été exceptionnellement magnifique, autorisant, en plein automne, un peu de travail dans les champs. Une fois n'est pas coutume non plus, le maître lui avait demandé de se rapprocher, et le voilà contraint de partager sa table avec un autre. Passant outre son malaise face à l'altérité, il ignora complètement son camarade, lequel en conçut une grande colère.

Le cours avait été consacré à la découverte des différents rapports de prédation entre animaux, carnivores et herbivores. Une leçon agréable pour nombre d'entre eux, dont Corwin, qui même après que la classe se soit terminée et les élèves égaillés, s'affairait à déchiffrer le texte savant qui lui avait été confié. Cependant, le maître, quelques temps après, avec un sourire, l'invita doucement mais fermement à rentrer chez lui. Le garçonnet secoua la tête avant de se rendre à l'évidence une seconde plus tard : en revenant le lendemain, il pourrait lire encore plus. Sa soif de connaissance était sans fond, sans mesure. Il remballa ses affaires, quitta la salle et s'aventura dans la cour, constatant après quelques minutes de patiente recherche que ni Bleys ni les jumelles ne l'avaient attendu. Fronçant et haussant les sourcils, rare marque physique d'exaspération chez lui, il se résolut à rentrer seul chez lui, comme un grand, et épaula courageusement son petit sac. La demeure des Amberson était à quelques sept cents mètres de l'école en marchant (c'était lui qui l'avait calculé avec ses petites foulées), et ce n'était pas un effort surhumain à faire pour y retourner, même pour lui.

Il ne fit pas une vingtaine de pas qu'il fut rejoint par deux de ses camarades de classe, et qui, curieusement, se montraient sympathiques avec lui. N'en croyant pas ses oreilles, il décida de tourner le dos à la petite voix qui lui murmurait que quelque chose de terrible allait se produire, et accepta avec joie d'aller prendre un bon goûter -certes un peu tard- chez eux. En chemin, le trio fut rejoint par d'autres enfants, dont son voisin de table, et Corwin en conclut assez hâtivement qu'une fête avait été organisée, et qu'enfin on avait pensé à l'inviter.

Néanmoins, la surprise le saisit lorsqu'il ressentit une violente poussée dans son dos qui le fit s'écraser à terre, en plein milieu de l'allée se terminant en impasse. Mains et genoux écorchés, le garçon entendit distinctement des rires derrière lui. Se relevant à grand peine (il n'avait pas beaucoup d'équilibre ni de force), Corwin put voir que ses collègues avaient laissé tomber leurs sacs et s'approchaient de lui, l'acculant au mur, sourire mauvais aux lèvres. Un coup d'œil derrière lui le convainquit définitivement qu'il était bel et bien coincé, la panique commençait à le gagner.

Les premières insultes fusèrent rapidement, le traitant de mille noms d'oiseaux et le comparant à divers animaux rampants et nuisibles. D'une petite voix, il les supplia de le laisser tranquille et pourquoi pas de le laisser repartir, sans quoi il allait tout raconter à ses parents. Ce qui déclencha une vaste hilarité chez ses oppresseurs, ainsi que les premiers jets de pierres tranchantes qui l'égratignèrent davantage. Une certaine tension commençait à l'emplir, alors qu'il essayait d'en esquiver un maximum, sans grand succès. Plusieurs petits éclairs de douleur se suivirent, alors que son angoisse laissait peu à peu place à une irrationnelle colère. Et puis, dans une nouvelle tempête de projectiles, plus douloureux qu'avant qui appela une crise de prescience, il comprit certaines choses à son propos et des relations sociales entre prédateurs humains. Il comprenait maintenant comment ça fonctionnait, du moins pour le premier point. A chaque fois qu'il sentait que ses dons allaient se manifester, il était étreint par la colère, la même que celle qui lui prenait actuellement le cœur. Une brûlante rage qui le réchauffait et le faisait trembler, le redressant peu à peu. Ensuite, normalement, les objets se déplaçaient, et ce, sans qu'il ne puisse les contrôler.

Mais aujourd'hui, c'était différent, comme une nouvelle nuance. Quelque chose s'était produit en lui, une nouvelle mutation, il savait maintenant comment faire. De plus, il n'avait jamais songé à faire du mal auparavant à quelqu'un, désormais il le voulait. Il lui suffisait d'embrasser chaque pierre jetée de sa force intérieure, une à une, celles qui volaient comme celles à terre, et de les renvoyer, simplement. Ses efforts tourmentés firent redoubler les rires et les moqueries, qui cependant s'éteignirent au fur et à mesure qu'ils virent que les pierres qu'ils jetaient restaient figées à quelques centimètres de leur cible. Un équilibre instable s'instaura, durant lequel, pour meubler autant que pour se rassurer et se donner contenance, l'un des plus grands soutint qu'il était taré ou adopté.
Tous hochèrent la tête ... et crièrent quand leurs munitions se retournèrent contre eux, sans que Corwin ne bougeât d'aucune manière, d'abord mollement, puis avec de plus en plus de violence. Les enfants, terrifiés, s'égaillèrent en piaillant, poursuivi par des volées de pierres et un Corwin ivre de fureur, employant sa puissance brute pour les repousser.

Le bruit attira l'attention de quelques riverains qui contemplèrent, médusés, cet étrange et inquiétant spectacle. Lorsque plus aucun de ses tortionnaires ne fut visible, le garçon se rendit compte de ce qu'il avait fait et, malgré ses jambes flageolantes et ses vertiges, prit la fuite pour se cacher le plus loin possible.

Un court instant, les nuages bas et lourds s'étaient écartés, révélant la clarté naissante et diaphane des deux lunes dans le ciel.

Après cet acte, fondateur pour certains, la rumeur enfla doucement dans le village, puis quitta ses terres et se répandit, amplifiée, déformée, devenue conte de colporteur, jusqu'en Gilnéas même, la capitale, où elle fut recueillie par un grand et secret personnage du clergé, l'inquisiteur Mandrake. Il se mit en route deux années après.

Certains de ces bruits traversèrent la frontière et se perdirent en Lordaeron. Un mage cependant leur accorda crédit, un vieil homme connu sous le nom d'Azeric Foltrow, qui lui aussi prit le chemin de Gramsbury.


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Re: La Fin des Jours - Récit impossible

Message par Corwin le Dim 3 Nov - 1:23

Interlude.

Fin du premier triptyque de la Fin des Jours, centré sur l'enfance du personnage dans son village natal de Gilnéas, qui annonce le suivant, autour ses pouvoirs et du massacre final de sa raison.

Pour ceux qui le souhaitent, une sélection de trois thèmes pour les trois posts précédents :

Prélude :
Chapitre 1 : Final Fantasy XIII - Tears of the Past, Dreams of the Future.
Chapitre 2 : Final Fantasy XIII - Tears of an Angel.


Dernière édition par Corwin le Dim 3 Nov - 1:28, édité 2 fois
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Re: La Fin des Jours - Récit impossible

Message par Corwin le Dim 3 Nov - 1:24

Chapitre 3 : L’inquisiteur, le sorcier et l’enfant.

"Dans nos sociétés contemporaines où les anciennes magies ont été marginalisées à l’extrême, les phénomènes paranormaux conservent leur aura, leur mystère. Certains les méprisent, d’autres en sont fous d’intérêt. D’autres encore, les moins nombreux mènent actuellement de sinistres recherches afin de les comprendre, de les schématiser dans le cadre de la Raison, et enfin, de les asservir s’ils ne peuvent les détruire. Pourquoi ? Par peur de ce qui est hors les normes, hors de leur raison pragmatique. Les grands noms qui ont défrayé la chronique il y a quelques années, lors des grandes Chasses, comme le Premier voyant ou l’Esprit de Kharadmon ont tous été emprisonnés dans des complexes secrets et n’en sont plus jamais ressortis. Cependant, le Vashta Ner’ada continue de leur échapper. Pour combien de temps encore ?"

Thrysta Vindr, chroniqueur, in Chroniques secrètes du Neuvième Empire de l’Humanité (Magie et Scandale), an 637 après le Cataclysme.

An quinze.

John Mandrake stoppa son cheval alors qu’il approchait de l’entrée du centre-ville de Gramsbury, la pluie glaciale battant les flancs de ce dernier et ruisselant sur son grand manteau  gris, sur les coups de dix heures du matin. Il prit une profonde inspiration de l’air glacé du matin, éprouvant de manière instinctive, et sans doute subjectivée, la foi montant du village. C’était un grand et pieux personnage, âgé d’une quarantaine d’années et portant encore beau malgré ses mèches grisonnantes et sa robe de bure grise à capuchon. Il avait longtemps exercé comme simple protecteur d’un monastère dans les montagnes du nord du royaume de Gilnéas, avant d’être distingué par ses supérieurs pour être initié à la chasse aux impies. Ce fut dans cette tâche qu’il s’épanouit le plus, sa foi absolue en la Lumière guidant toujours avec justesse son épée et, le plus souvent, il ramenait dans le droit chemin ceux qu’il trouvait perdus dans les ténèbres. Logiquement, tout ce que la Lumière n’accordait pas d’elle-même, ne pouvait comprendre, c’est-à-dire les autres magies, arcane, élémentaire, ombre et autres variétés étranges, celles qui, en fin de compte, n’incluaient pas la Vérité unique professée par la Lumière, était réprouvé par Mandrake, et rien ne le rendait plus heureux que de pourchasser quelques occultistes au petit matin.

Lorsque la rumeur qu’un magicien sévissait dans le Nord, il avait tout de suite réglé toutes ses affaires en cours (cela lui avait pris une année entière, puisqu’il travaillait maintenant en solitaire), puis démarré son enquête, interrogeant méthodiquement chaque témoin, chaque personne qui savait quelque chose à son propos, remontant peu à peu (en six mois) la piste, jusqu’à Gramsbury. Il n’avait pas revêtu sa cuirasse complète, insigne de sa fonction, puisque ses recherches avaient montré qu’il ne s’agissait que d’un enfant avec des pouvoirs surnaturels.

Ne lui restait plus qu’à interroger les habitants, trouver l’enfant, et lui faire abjurer ses pouvoirs s’il refusait de le suivre pour être placé dans son propre monastère. Simple, clair et net.

***

Azeric Foltrow quitta la carriole du colporteur et salua son conducteur d’un grand geste, puis releva le bas de ses robes grises pour éviter de les tacher, dérisoire face à boue qui avait envahi la route et ses ornières. Le magus était âgé, son visage tavelé de rides et de taches, sa barbe grise filée de blanc, tout comme sa chevelure longue et mal peignée, et toujours un sourire joyeux aux lèvres. Sous ses dehors de vieil excentrique se cachait en réalité un arcaniste talentueux, un membre du Kirin Tor vivant seul  en dehors de Dalaran, quelque part dans le sud de Hautebrande. Il ne redoutait pas la pluie battante de ce matin, puisque celle-ci ne trempait pas ses frusques, grâce à l’un de ses enchantements personnels dont il gardait jalousement le secret. Il ne voulait pas être dérangé par de telles futilités. Clopinant de manière guillerette vers le village, Foltrow se sentait pousser des ailes neuves, alors que l’appel entêtant et obsédant de la puissance brute résonnait de plus en plus fort autour de lui. Il était exalté à l’idée d’avoir un nouvel apprenti. Et avec de tels dons ! Le mage s’étonnait encore qu’il n’ait pas encore ravagé la campagne avec un accès de magie.
Il devait trouver le petit avant que quelqu’un d’autre ne lui mette la main dessus. Il y avait suffisamment de fous furieux en Gilnéas pour que cela puisse se passer. Il pressa l’allure comme il arrivait à l’entrée nord de Gramsbury, et se dirigea séance tenante dans un lieu original pour un homme de sa nature, c’est-à-dire l’auberge et sa taverne. C’était toujours là où l’on trouvait les meilleurs ragots.

***

Corwin, quant à lui, s’éveilla brutalement, l’esprit agressé par une vision. Quelqu’un le cherchait.

***

_ Je suis venu pour quelque chose de bien précis, mon père. Pas uniquement pour honorer la Très Sainte dans votre chapelle.

Wandrick, occupé à ranger les candélabres et les timbales d’étain, se retourna vers Mandrake et fronça les sourcils. Sa main retomba, tandis qu’il plaçait l’autre sur ses hanches piquées d’arthrite.

_ Et qu’est-ce donc, monsieur l’Inquisiteur ? Je ne suis qu’un humble serviteur de la Lumière qui n’a pas le moindre talent en divination, répondit-il.

Mandrake sourit pour apaiser le prieur et reprit, d’une voix douce et basse :

_ Je recherche un malheureux enfant, affligé par la magie. La Lumière me l’a montré afin que je le sauve de lui-même. Que j’exorcise en lui l’occulte et que je le mène sur sa voie.

Wandrick soupira. Il savait évidemment de qui il s'agissait. Est-ce que cela en valait la peine ? De trahir un enfant de neuf ans, pour son bien, alors que ses infortunés parents souhaitaient l’élever comme un enfant normal ?

_ Non, je ne vois pas qui cela peut bien être. Non, il n’y a pas de mage en ville.

Mandrake pouvait sentir le malaise du père. Il savait, mais ne voulait pas le dire, alors il doutait.  Il fallait le persuader de tout avouer.  L’inquisiteur sourit de nouveau, s’approchant de lui, pour poser sa main sur son épaule, une main ferme et puissante, et répéta ce qu’il lui avait dit, avec une nouvelle nuance :

_ La Lumière l’ordonne. Désobéiriez-vous à un de Ses ordres ? Iriez-vous contre la volonté de votre Mère ?

Le père chassa sèchement la main sur son épaule osseuse, et s’écarta vers l’une des fenêtres, appuyant son front contre le verre froid. Le doute le tenaillait, sa foi était mise à l’épreuve. C’était un combat entre elle et sa morale. L’autre se tenait en retrait, laissant le processus agir, certain que ce n’était plus qu’une question de temps. Il réajusta sa tenue, tandis que le silence se faisait de plus en plus pesant.

Un murmure s’éleva. Wandrick, vaincu, avouait tout. Tout d’abord très bas, puis un peu plus fort, racontant tout. Sa naissance, ses frasques, ses problèmes. La bagarre dans la rue. Les objets qui volaient, les intuitions. Tout. Il s’épancha sans même le regarder.
Lorsqu’il eut toutes les informations qu’il lui fallait, John Mandrake le remercia, le bénit puis quitta la chapelle. Le père pleura lorsqu’il ne fut plus en vue.

***

_ Et crois-moi ou pas, mon vieux, je l’ai vu. Ouais, le gosse. Il avait de la caillasse qui volait tout autour de lui, comme ça, rien qui la tenait !

Le berger partit d’un rire gras, finit sa chope de bière et frappa avec violence la table avec lorsqu’il la reposa. Azeric hocha la tête en portant lui aussi un toast. Son enquête dans la taverne se révélait être une riche idée, puisqu’il n’avait pas à extorquer d’informations sous la contrainte. Autour de lui, les autres buveurs discutaient entre eux, par petits groupes, et ne se préoccupaient pas du mage au comptoir.

_ Ca alors, c’en est une bonne que tu m’racontes là ! Tu saurais pas où il habite par hasard ? J’veux voir ça !

Le vieil homme leva un doigt trapu, dans une tentative pour paraître sage, apparence vite ruinée par son ébriété avancée.

_Et tu vas lui faire quoi au minot ? Moi, j’te dis, il m’fait peur, à m’regarder tout le temps. T’verras bien, i’fait froid dans l’dos. Doit être tracassé !

Azeric sourit, avant de reprendre, toujours sur ce même ton gouailleur de la campagne :

_Oh ben tu sais, c’juste pour m’en assurer. J’suis un type curieux, et j’adore les histoires comme celles-là. Et juré, je lui veux rien de méchant. Ou de pas correct.
_Ben tu f’rais mieux de te dépêcher, j’ai vu un grand type, habillé en brun, avec une douzaine de chapelets autour du cou, poser des questions sur lui dans l’village, tout à l’heure. C’est ptet un admirateur comme toi !

Dans un rire, le berger lui indiqua la maison, en lui recommandant bien de ne pas le regarder dans les yeux, puisqu’il portait malheur. Le mage prit congé en lui payant une autre tournée, et s’en fut vers sa destination, sachant trop bien qui était cet homme.

***

Corwin savait que quelque chose venait. Il décida alors de prendre la fuite et de se cacher quelque part, et emballa rapidement quelques menues affaires, de l’eau, des biscuits secs, une couverture et un jouet, comme il avait pu lire dans certains livres.

***

Azeric courait maintenant, le temps ayant trop filé, remonta les petites rues jusqu’à tomber devant la maison qu’il cherchait. La demeure Amberson. Oppressé par le sentiment d’urgence, il frappa rapidement à la porte. Il voulut l’ouvrir ensuite à la volée, mais la mère qui parut dans l’embrasure l’en empêcha. Il se composa un visage avenant, plus ou moins, tandis que madame Amberson, en retour haussait les sourcils.

_ Bonjour madame ! Je viens pour vous parler d’un problème de la plus haute importance, de la plus primordiale urgence ! Je dois voir votre fils !

_ Mon fils ? Mais qui êtes-vous ? Et que lui voulez-vous ?

Le mage voulut forcer le passage, mais elle tenait solidement la porte.

_ Je n’ai pas exactement tout le temps de l’univers pour tout vous dire, mais votre fils est en grand danger ! Son pouvoir a attiré les yeux d’un grand chasseur, qui est en ville là maintenant, et qui  veut s’en emparer !

Rosalina cligna des yeux, ne comprenant pas ce que cet homme débraillé et trempé lui racontait, ou plutôt, le comprenait trop bien. Elle jeta un coup d’œil derrière elle, hésitant.

_ Je ne … Non, je ne pense pas. Je ne vois pas trop … Peut-être que vous voudrez en parler plus calmement au salon, monsieur … ?

_Azeric, Azeric Foltrow, mais il n’y a pas le temps de prendre le thé ! Je suis le seul à pouvoir l’aider à maîtriser ses dons, sans quoi il va semer le chaos et la destruction ici, ou pire encore, se retrouver enfermé dans une oubliette perdue dans un monastère, ce qui va arriver si je ne l’emmène pas de suite !

Corwin, descendant les escaliers, observa sa mère, de dos, et fit face à Azeric …
… qui le regardait, ayant relevé la tête. Un sourire agita ses lèvres, tandis qu’il le saluait :

_Ah, tu es Corwin, c’est cela ?
_ Vous êtes le magicien venu pour moi ?
_Oui, c’est ça, c’est ça ! Et tu sais ce qu’il va se produire ensuite ?
_Je devrais vous suivre. C’est ce qui est censé se produire. C’est l’un des deux chemins. L’autre me fait trop peur pour y songer !
_ Et que veux-tu faire ?
_ Partir, je suppose. Et la magie ?
_ Je te montrerai ! Ne t’inquiète pas pour cela, tout te sera expliqué en temps et en heure.

Les deux hochèrent la tête, Rosalina essayait de suivre confusément la conversation, mais ne comprenait pas. Corwin sortit et se planta devant le magicien, le regardant attentivement. Azeric se laissa faire devant cet examen, souriant.

_ Vous êtes celui que je dois suivre. Je vous reconnais.

_ Et vous allez me le rendre un jour, mon fils ?, demanda Rosalina, peu sûre.

_ Evidemment madame, lorsqu’il sera formé, ça ne fait aucun …

Un cri de victoire les fit sursauter tous les trois, et dévisagèrent, médusés, la silhouette en bas de la rue. C'était John Mandrake, s'avançant impérieusement vers la maison, le bras gauche tendu en avant, un air triomphateur au visage.

_ Arrière, magus ! L'enfant ne suivra pas ta voie occulte. Écarte-toi de lui, et peut-être que je te laisserais en vie  !

Il n'était plus qu'à une trentaine de mètres de sa destination. Sa carrière allait se trouver couronnée par ce succès, il le savait. Corwin, lui, paniqué, se réfugia dans les jambes de sa mère. Foltrow se tourna vers lui, ignorant l'inquisiteur.

_ Il va falloir que tu me suives, mon petit. Sinon, c'est l'autre chemin que tu prendras. Grimpe sur mon dos, tu verras ce que c'est, un arcaniste pressé.

Le petit en question hoche la tête et s'exécute, s'accrochant au cou du mage de ses petits bras maigres. Celui-ci s'inclina bien bas devant Rosalina en la remerciant. Elle hocha la tête, en larmes.
De son côté, Mandrake accéléra, voyant que le duo allait lui échapper. Il fut cueilli au vol par une déflagration arcanique qui le fit tituber et reculer, et se remit sur pied dans l'instant, secouant la tête pour chasser le malaise et ... ne put que contempler le vide sur le perron, la mère s'étant barricadée chez elle et les deux autres en fuite, déjà bien moins visibles. Il rugit de colère et chargea, pour vainement tenter de les rattraper.

Et ainsi, pendant encore cinq ans, ils fuirent, poursuivis par l'Inquisiteur qui ne lâcha l'affaire que lorsqu'il fut attaqué et mordu par une meute de worgens.

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Re: La Fin des Jours - Récit impossible

Message par Corwin le Ven 15 Nov - 22:46

Chapitre 4 : Une descente en enfer, un ticket pour l'échec.

"C'était un chien, c'était une arme. La meilleure qui soit, impitoyable, immorale, dénuée de conscience. Un faucheur de Réprouvés. Mais il s'est échappé alors que nous devions interrompre son existence, et depuis, nous n'avons pu remettre la main sur lui."


Archives du Kirin Tor.

An dix-huit.

Leur existence était bien réglée. Marcher toute la journée par monts et par vaux, toujours plus loin vers le nord-est, pour atteindre une destination inconnue, qu'Azeric mentionnait comme sûre. C'était fatiguant, éreintant, surtout lorsque le temps se gâtait, et qu'ils devaient cheminer sur des sentiers embourbés. Azeric avait acheté dans la première taverne qu'il avait croisé, loin au nord de Gramsbury, une cape de laine sombre avec un capuchon pour en draper Corwin, et ainsi cacher quelque peu ses cheveux assez longs et blanc étincelant. Il ne pouvait pas dépenser son énergie en un sort d'illusion.
En dépit de ces difficultés, l'enfant qui grandissait se régalait de ces nouveaux paysages sans cesse renouvelés, qui permettaient d'aiguiser ses talents, malgré son éblouissement quasi-permanent en journée, et s'endurcissait peu à peu, souffrant moins.
Ils formaient un curieux duo, éveillant parfois la suspicion, mais le plus souvent l'amitié, jusqu'à ce que Mandrake passe et les détrompe.

Leur périple les mena à travers les marches nordiques de Gilnéas, toujours sur la brèche car leur némésis ne les lâchait pas d'une semelle, et souvent il s'en fallait de peu pour qu'il les retrouve. Lorsqu'ils arrivèrent à la frontière du royaume, là où le grand mur était en construction, ils s'affrontèrent, magie contre lame d'acier. Les talents de Corwin se révélèrent très utiles, puisque les fuyards purent choisir le lieu de la rencontre finale, et leur donnèrent l'avantage enfin, puisque la confrontation ne pouvait être esquivée.

Au delà du Mur, les choses changèrent quelque peu. Il n'y avait plus besoin de fuir à toute allure, et les deux purent apprécier à leur aise les paysage de collines couvertes de feuillus, différents des grands chênes sombres de Gilnéas, les grandes plaines céréalières, avant qu'elles ne soient frappées par la peste, et les hautes montagnes enneigées d'Alterac. Ils voguaient de village en ville, en compagnie des paysans qui s'en allaient sur les marchés des gros bourgs vendre leur grain entreposé dans leur carrioles. Un temps béni.

Tout cela plaisait à Corwin. Même si ses parents lui manquaient, il adorait le vieux bonhomme qui le guidait et l'instruisait sur ses pouvoirs et la manière de les employer. Néanmoins, ses visions restaient très parcellaires et floues, ce qui désespérait Azeric. Il ignorait où ils allaient, il avait vaguement parlé de la région de Dalaran, qui éveillait en lui des rêves fous. Une cité de magiciens, où il pourrait exercer ses talents sans crainte ? Tellement exaltant ! Alors il le suivait, et accomplissait avec zèle ses exercices d'entraînement.

De son côté, Azeric avait plaisir à initier l'enfant, surtout en matière de magie de l'espace, dont il n'avait que la théorie (c'était un arcaniste après tout). Il progressait rapidement, ses sens devenaient très aiguisés et son contrôle s'affermissait. Néanmoins, sa clairvoyance ne s'améliorait pas malgré ses efforts. Mais Azeric ne s'avouait pas encore vaincu. Il pouvait ressentir la puissance de son talent, mais il était dissimulé, bridé par son jeune âge. Oh, il était déjà très mature pour son âge, et le procédé auquel il comptait le soumettre serait graduel et soumis à sa propre volonté. Tout devrait bien se passer. Il suffisait juste de réussir à atteindre sa sobre demeure de fonction, dans la campagne de Dalaran. Un autre souci qui l'étreignait était la présence ou non dans les environs de son rival de toujours, un magicien arriviste, orgueilleux et ambitieux selon ses dires, du nom d'Allistarjian Sewyr (ses plus grands torts étant sans doute de lui avoir volé son projet, d'être né noble et avec des prédispositions à la magie).

Au sein du Kirin Tor, l'histoire de Sewyr et Foltrow était bien connue. Le poste de directeur de l'une des innombrables bibliothèque de la cité pourpre venait de se libérer avec le décès de son détenteur, et une commission avait été réunie pour choisir le nouveau directeur, parmi une liste de prétendants. A ce propos, il fallait aux candidats faire soutenance de leurs grands travaux magiques, et ils étaient assez nombreux à tenter l'aventure. Parmi les requérants, Azeric était le plus connu, et le plus en vogue auprès de ses confrères, qui voyaient en lui le prochain directeur. Ses travaux de recherche sur la mécanique des invocations démoniaques et la façon de les interrompre de manière sécurisée l'avaient distingué il y a longtemps, mais pour ce concours, il avait décidé de présenter un projet différent, fondé sur sa passion depuis longtemps, la domination de l'esprit sur le temps, autrement dit la clairvoyance.
Le jour de cette soutenance vint, et l'ordre de passage devant les juges avait été voté depuis longtemps, lorsqu'une perturbation survint, en l'inscription en première place de passage d'un illustre inconnu, un certain comte de Sewyr, et dont la pertinence de ses arguments avait convaincu le jury de le laisser passer en premier.
Si Azeric avait été doué de divination, il serait assurément resté chez lui ce jour-là. Car lorsqu'il arriva dans l'antichambre juste avant la salle d'exposé, il prit conscience que son ouvrage qu'il avait soigneusement rédigé dans ce but était très légèrement différent, comme copié. Même après examen critique de sa part, il ne put déceler le problème, et dut se rendre dans la salle, où justement l'inconnu exposait. Confiant, il s'imaginait un morveux à peine sorti de ses études débiter des platitudes en bredouillant. Quelle ne fut sa surprise lorsqu'il vit un jeune homme dans la trentaine, sublime, parfait physiquement et s'exprimant avec une éloquence naturelle et remarquable. Puis l'horreur le frappa lorsqu'il prit conscience de ses mots. C'étaient les siens. Ceux qu'il avait consciencieusement couché sur le vélin de son livre, tous les jours et toutes les nuits, à propos des possibilités que pouvaient offrir un esprit frappé de clairvoyance dans l'exploration des dimensions parallèles. Mais là, sa thèse était massacrée. Sewyr démontait avec une arrogance infinie chacun de ses points. Outré, Foltrow se leva pote crier scandale, mais fut impitoyablement et aussitôt téléporté à bonne distance de la salle , avec, à l'esprit la mention de sa disqualification pour son attitude. A partir de là, il perdit toute sa crédibilité auprès de ses collègues, même lorsqu'il criait au vol de sa théorie. Et lorsque Sewyr devint le nouveau directeur de la bibliothèque, Azeric n'en put plus, et s'en fut loin de Dalaran, avec la volonté de se venger de lui, en lui présentant un contre-exemple, et en le destituant ainsi.

Cela faisait dix-sept ans. Il avait cherché, étudié, compris que pour réussir, il lui faudrait un homme doté d'une clairvoyance extrême. Pas comme les devins de places de marché. Quelqu'un de si exceptionnel qu'il ne naissait que tous les siècles. Il avait fini par entendre parler de Corwin, et il n'avait pas été déçu. Il lui ferait retrouver sa dignité perdue.

Un soir arriva, un soir de printemps doux et agréable, annonçant un été radieux, en plein an seize, où le duo finit par atteindre sa destination. C'était une petite maison perdue dans un océan de collines douces couvertes de prairies, un endroit amical, apaisant et charmeur. Corwin poussa un cri de joie en la voyant, filant à toutes jambes à travers l'herbe, tandis qu'Azeric soupira de soulagement en le suivant lentement. Une fois arrivés, ils purent partager leur premier repas chez eux.

Et le temps passa, jusqu'à un autre soir, en plein été. Corwin n'avait pas énormément grandi depuis qu'il avait quitté son village, pour ne pas dire qu'il avait gardé sa taille de freluquet. Il prenait toujours autant de plaisir à faire ses exercices, mais ce qui le ravit au plus haut point fut la découverte de la bibliothèque personnelle de son mentor, qui, malicieusement, lui avait remis pour commencer un lourd livre sur la biologie des animaux, qu'il avait dévoré d'une traite. Ensuite, c'était toujours le vieux mage qui lui donnait un nouveau livre, et il ne pouvait pas choisir, ce qui tempéra quelque peu ses ardeurs lectrices. De son côté, Azeric se préparait et rassemblait tout ce qu'il avait besoin pour mener à bien la grande expérience comme il disait, et il avait justement choisi ce soir-là d'été, alors que les lunes étaient bien visibles.

Lorsque Corwin entra dans le bureau d'Azeric, comme il l'avait prévenu lors du repas du soir, il constata que le meuble avait été repoussé loin contre le mur, la pièce baignant dans la semi-pénombre, juste illuminée par deux lampes enchantées qui lévitaient à quelques centimètres du sol. De plus, à leur faible lueur, il distinguait des lignes tracées à la craie sur le sol, des glyphes et des boucles qu'il ne pouvait suivre du regard, tandis que devant lui, à genoux, Azeric finissait de tracer. Comprenant instantanément qu'il devait éviter à tout prix de brouiller les dessins, il se tint bien arrière, détaillant à loisir ceux-ci. Le mage se releva enfin, rangeant la craie dans sa robe puis tapa dans ses mains pour en chasser la poussière blanche. Puis il se tourna vers l'enfant et lui sourit.

_ Te voilà bonhomme. Oui, c'est bien où tu t'es mis, ne bouge pas. Tu sais ce que c'est, tous ces traits ?

Corwin secoua la tête, agitant autour de lui ses cheveux pâles.

_ Non, je sais pas. C'est pour la magie ?

_Tout juste. Ce soir, tu vas pas vraiment en voir, puisque je vais m'en servir sur toi.

Il eut un mouvement de recul qu'il ne s'expliquait pas. Un mauvais pressentiment ? Lorsqu'il interrogeait ses visions, il ne voyait rien, pour aucune des périodes qu'il voulait. Inquiet mais voulant paraître courageux, il se reprit alors que son maître avait enjambé les lignes pour s'accroupir devant lui et lui sourire encore.

_ Hey, pas de panique. Je vais juste t'aider. Tu sais que tu as des visions, hein ?

Corwin hocha la tête. C'était la chose la plus naturelle chez lui, ces vues. Foltrow reprit :

_ Elles ne sont pas encore assez fortes en fait pour que je puisse vraiment t'apprendre à les contrôler. Elles sont cachées, toutes bridées parce que tu es petit. Mais moi, qui suis un grand magicien, je peux les libérer, comme ça on pourra encore plus étudier ensemble, et tu pourras être encore plus fort. D'accord ?

Il hocha la tête une fois de plus.

_ Bien, alors suis moi. Installe-toi là, comme ça, en tailleur.

Il le guida a travers le réseau, jusqu'au cercle central où il le fit s'asseoir, puis le rejoignit. Assis l'un en face de l'autre, il le regarda gravement, puis continua :

_ Voilà, tu vas te détendre complètement. Je vais mettre mes doigts sur tes tempes, et ensuite tu vas sentir un chatouillis dans ta tête. Il faudra que tu restez tranquille, d'accord ? Ça ne sera que moi qui vais me promener jusqu'à ton pouvoir dormant et le réveiller tout doucement.

_ Ça fait mal ?, demanda Corwin d'une petite voix, bien qu'il connaissait plus ou moins la réponse.

_ Non non, ça ne fait pas mal. C'est juste très surprenant au début. Allez, je commence. Surtout, ne t'inquiète pas, garde ton calme.

Azeric prononça les premières incantations, concentrant son pouvoir. Corwin le ressentit à l'œuvre, et ne broncha pas lorsqu'il sentit la pulpe lisse et un peu crépitante des doigts d'Azeric se poser doucement sur ses tempes. Il prit une longue inspiration tandis qu'il relâchait la pression sur son esprit. Un instant plus tard, il sentit l'esprit d'Azeric dans sa tête, et cela l'effraya d'abord, puis, se souvenant de ce qu'il lui avait dit, se calma et essaya de penser à autre chose. Et ensuite, il ne se passa plus rien pendant un long moment.

Cependant, un enfant est un être curieux. Et Corwin était monstrueusement curieux de tout. Cette situation lui donnait à réfléchir, et il se plut à la renverser, avant de se rendre compte qu'il pouvait très bien le faire, et pénétra dans la conscience d'Azeric avec une étonnante facilité, alors qu'il était occupé ailleurs à faire lentement sauter les verrous sur son pouvoir. Un circuit de pensée l'intéressa, et il put contempler à loisir un livre dont les pages se tournaient devant lui et d'où il lisait d'étranges choses à propos de dimensions et de voyages de l'esprit.

Cela alerta Azeric, qui laissa en plan son ouvrage pour écarter Corwin de ses souvenirs avec un avertissement ferme. Ce faisant, il ne vit pas qu'il avait en réalité presque réussi.
Concentré, il ne vit pas le drame.

Comme un barrage se rompant sous la pression d'un fleuve en crue, les digues mentales retenant le don de Corwin cédèrent toutes ensemble, et un torrent d'images venues d'un millier d'époques différentes d'Azeroth déferlèrent sur eux. Azeric put s'en protéger, mais Corwin fut pris au piège, et le Temps s'empara de ses derniers souvenirs et les agita avec violence. Craignant qu'il ne les perde, Azeric voulut les retenir, mais en les lui arrachant, déchira quelque chose dans cet espace infini et impossible. Une minuscule frontière venait d'exploser, une chose sacrée et respectée. L'espace-temps même. Foltrow se força à en détourner son œil onirique, de peur de sombrer dans la folie. Malgré tout il voulait sauver Corwin, l'écarter de cette contemplation interdite. Mais plus il s'évertuait, plus la déchirure s'agrandissait. Enfin, il finit par être définitivement éjecté de l'esprit de la pauvre victime et ouvrit les yeux, contemplant devant lui le corps de l'enfant agité de convulsions, les lignes autour de lui brouillées. Sans doute ce qui avait rompu la transe.

Dévasté par la désolation, il se leva et tenta de calmer Corwin en vain. Il décida à regret de le faire dormir d'un mot de pouvoir.

Azeric resta longtemps à le bercer, ravagé par le drame, presque sûr de l'avoir à jamais perdu.

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Re: La Fin des Jours - Récit impossible

Message par Corwin le Ven 22 Nov - 10:39

Chapitre 5 : Le premier assassinat.

"La seule chose qu'il connaissait dans sa nuit était la douleur permanente, causée par ces personnes en qui il avait eu confiance. Lorsqu'il s'évada, il ne laissa plus personne l'approcher. Sa haine d'autrui consuma un grand nombre de magiciens lancés à sa poursuite, ainsi que d'innocents qui avaient le malheur de croiser sa route. Il était inexorable."

L'erreur de Foltrow avait été tragique. Il la constatait au fil du temps, lors de ses rares réveils. La raison de Corwin se délitait peu à peu, s'embourbant toujours plus profond dans la folie. Elle ne pouvait supporter de tout voir en même temps. Des vérités impossibles, atroces, des choses qu'il ne comprenait pas, une clairvoyance permanente qui le faisait hurler dès qu'il se réveillait. Il ne parla pas durant les sept premiers mois. Il avait perdu tout souvenir datant d'avant le drame, et Azeric dut lui réapprendre presque tout à son propos, son identité et ce qu'il savait faire. Rien à propos de son passé proche néanmoins. Les souvenirs de son enfance étaient définitivement perdus.

Lorsqu'il parla, le mage se rendit compte de l'émergence de plusieurs personnalités, tentative vaine et désespérée de sa raison pour se préserver de la destruction. La disparition des dernières bribes de sa logique fut attestée vers ses douze ans, alors qu'Azeric essayait, vaille que vaille de lui apprendre à se fermer à ces vues.
Néanmoins, il prit conscience ce qu'il avait créé, et des possibilités qui en découlaient. Il questionna Corwin sur les sujets qui lui tenaient à cœur, et apprit par son intermédiaire des vérités qu'il n'aurait jamais pu deviner seul, et qui n'auraient jamais dues être énoncées. Il les consigna soigneusement dans un livre, qu'il comptait bien éditer pour prouver à son rival qu'il avait bien raison.

Corwin ignorait pourquoi il lui faisait faire ça. Il ne maîtrisait pas encore tout à fait son nouveau regard sur les choses. Toute la réalité qui l'entourait n'était plus unique, celle de l'Azeroth d'ici et maintenant, mais des plans entiers se superposaient, où son œil voguait de l'un à l'autre en un battement de cils. Selon ses dires cela ne se superposait pas, mais existait en même temps, au même endroit où qu'il soit.

Souvent, Azeric le retrouvait au bord de l'étang derrière lui, contemplant d'un air absent la surface paisible. Elle l'apaisait toujours lorsqu'il voyait trop. Il se perdait très fréquemment dans ses pensées devenues tortueuses, dans un espace non plus à trois dimensions, mais à une dizaine.

Le temps passa. Le temps de la formation de Corwin était devenu infini. Azeric doutait même d'en faire un jour un mage accompli. Il s'était résigné à lui apprendre seulement à se servir de ses dons, et abandonna toute idée d'en faire un arcaniste. Son emploi du temps se divisait entre de longues plages de repos, où il fuyait ses migraines quasi-permanentes, ses entraînements et ses séances de questions avec son mentor. Son don s'affinait, mais il n'en parlait pas à Azeric. Car il avait vu quelque chose d'horrible, quelque chose d'effroyable et qui pourtant ne pouvait pas être évité. Ne devait pas être évité. Il avait appris en un éclair les lois concernant les sauts dans le temps, et il devait s'y conformer, même si, dans son cœur déserté par la compréhension des sentiments, une curieuse sensation d'attachement était née, envers le maître.

Le temps passa vite. Il fêta ses quinze ans seul avec Azeric, et il redoutait le jour qu'il avait vu, jusqu'à ce qu'il eut lieu.

Une fatale nuit d'été.

Corwin s'éveilla en sursaut, haletant et en sueur. Il eut du mal à se souvenir où il était, et lorsqu'il y parvint, la panique l'envahit encore plus. Ça arrivait très vite. Toujours étendu, il écouta de toute son âme les bruits de la maison. Il perçut les craquements habituels du bois, sa propre respiration angoissée et les sons de la forêt et de la campagne alentours. Puis, une conversation. Qui dérapait, s'envolait dans des cris. Il se leva, observa autour de lui, à la recherche d'une arme potentielle. Malheureusement, il n'y avait rien. Juste des plumes d'acier. Il s'en empara, puisqu'il pouvait les projeter. Le jeune homme quitta la chambre, passa sur le palier de l'étage et plongea directement au sol, derrière la colonnade de bois, et glissa son regard vers le salon en bas.

Tout avait été renversé, et envahi de personnes qu'il ne connaissait pas, des hommes grands, larges, vêtus d'armures de cuir et pointant des lames, des poignards et des fusils sur Azeric, effondré au sol, une main qui rougissait peu à peu, serrée sur son bas-ventre. Au dessus de lui, une fine rapière posée sur sa gorge, se tenait un homme de haute taille, vêtu comme un noble, tout de rouge et d'or paré, affichant une fière moustache noire et une courte crinière sombre piquetée de fils d'argent. Les yeux écarquillés, Corwin pouvait le nommer. Allistarjian Sewyr. Il interrogeait impérieusement son rival à terre, qui ne lui répondait pas vraiment. En l'écoutant, il comprit qu'il venait pour lui. Et pour ses recherches. Un coup de fusil retentit de nouveau, suivi d'un cri de douleur. L'un des sbires du mage venait de tirer sur Azeric, qui portait maintenant son autre main à sa jambe. L'autre reprit ses questions, et sa victime commença à murmurer. Corwin ne l'entendait pas.

Soudain, les regards se tournèrent vers l'étage et sa cachette. Figé sur place de terreur, il vit quatre d'entre eux s'élancer vers l'étage, arme au poing. Lorsque le premier arriva au sommet, Corwin poussa un hurlement, et les pointes d'acier qu'il avait pris avec lui fusèrent vers lui, se plantant sans causer de gros dommages au malabar, sauf l'une d'elles qui se planta sous son œil et lui tira un rugissement de souffrance. Il le chargea, et Corwin prit la fuite vers sa chambre, avant de se faire rattraper et maîtriser rapidement. Il n'avait pas de force, juste une agilité de serpent rachitique. Il poussa cependant un glapissement strident, qui assourdit les mercenaires qui l'entouraient. Il fut finalement ligoté, bâillonné et emporté sur une épaule, n'arrivant plus à se servir de ses dons. Arrivé en bas, il fut présenté au comte, qui le détailla comme on détaille un animal. Corwin le dévisageait à son tour, effrayé mais aussi en colère. Voyant cela, Sewyr rit, lui ébouriffa les cheveux qu'il avait mi-longs et donna ordre pour que ses hommes le fassent disparaître. Des grognements et des sifflements outrés et paniqués lui répondirent, avec les commentaires ravis de ses hommes. Ils ressortirent ensemble, les uns s'éloignant du comte qui continuait d'échanger avec Azeric, toujours à terre.

Sewyr, riant, commençait à former une boule de feu sombre au creux de sa main gauche. Foltrow, horrifié, s'exclama :

_ Qu'as-tu fait, Allistarjian ? Pourquoi as-tu embrassé les arts sombres ?

_ Très cher Azeric, j'ai tourné le dos au carcan posé par le Kirin Tor. La bibliothèque que j'ai obtenu ... ma bibliothèque, recelait tant de livres interdits, et pourtant majeurs, majeurs pour comprendre le monde d'une autre manière ...

_ Traître ! Les mensonges que tu sers aux Six se retourneront contre toi ! Tu vas devenir fou, et mourir !

_ Rien du tout, mon art n'est plus votre magie dépassée. C'est l'illusion désormais ! Et les ombres ! Regarde moi réduire en cendres ta vie, et désespère !

_ Attends ! Épargne Corwin, je t'en conjure !

L'autre suspendit son geste, intrigué.

_ Et pourquoi épargnerai-je ton disciple ? Ne préfères-tu pas me supplier à genoux et en pleurant ?

Il lâcha un ricanement méprisant et hautain, heureux d'avoir enfin pu vaincre son plus grand adversaire. Azeric toussa fortement, tremblant, puis reprit, d'une voix malaisée :

_ Ma vie ... Regarde un peu ce que tu en as fait ... Je suis vieux ... et j'ai eu les réponses que je voulais ... Mais lui, il est jeune, il a la sienne devant lui. Laisse lui la vie ... sauve.

_ Qui sait ? Peut-il au moins faire quelque chose d'intéressant ?

_ Il voit tout. Passé, avenir. Même l'ailleurs.

_ Ah, tu as donc réussi à trouver ton sujet c'est ça ? Hmmm ...

Il se retourna, gardant toujours son orbe de feu à la main et apostropha sèchement ses hommes qui s'apprêtaient à égorger l'adolescent. Ils accueillirent le contre-ordre en hurlant, mais lorsque l'un d'eux termina en tas de cendres fumantes, l'un d'eux se saisit de Corwin, l'assommant sèchement d'un coup sur la temps et le balança sur son cheval.

Allistarjian se tourna alors et forma entre ses paumes une nouvelle boule de flammes, qui cette fois-ci prenait des dimensions colossales. Azeric, lui, savait ce qu'il allait se passer. Ses blessures ne le tueraient pas assez vite avant qu'il ne brûle vif. Il ferma les yeux, murmurant une prière à la Lumière, pour la première fois depuis plusieurs décennies.

Sewyr jeta négligemment son orbe sur la maison de bois, qui prit feu instantanément, ravageant chaque morceau de bois de celle-ci, faisant exploser les fioles sur l'établi de Foltrow, dévorant les précieux livres de sa collection et le carnet recelant les réponses à une bonne centaine de questions qui n'auraient jamais dû trouver réponse, et enfin, l'occupant des lieux.

Ainsi périt Azeric Foltrow, et ainsi le périple de Corwin continua, toujours contre sa volonté, jusqu'au manoir de son nouveau geôlier, là où bien malgré lui, il devint un impitoyable tueur.

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Re: La Fin des Jours - Récit impossible

Message par Corwin le Sam 7 Déc - 11:18

Deuxième interlude.

Et voici donc que le deuxième triptyque s'achève avec la mort du premier mentor de Corwin ! Je vous propose donc ces thèmes pour accompagner vos lectures :

Chapitre 3 : Audiomachine -The new Earth
Chapitre 4 : Two Steps From Hell - Fragments of Deception
Chapitre 5 : Two Steps From Hell - Corruption
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Re: La Fin des Jours - Récit impossible

Message par Corwin le Sam 7 Déc - 11:25

Chapitre 6 : L'Appel

"Il y avait toujours une part de doute en lui. Celui d'avoir oublié quelque chose, mais aussi de se tromper. Néanmoins, et cela est révélateur, il ne doutait plus de ne plus être humain. Son apparence, bien qu'anthropomorphe, tendait à se dissimuler sous des combinaisons et des masques rappelant ceux de sa captivité. Quant à son esprit, il n'avait plus rien qui puisse le rapprocher du genre humain. Il ne doutait jamais d'être une arme au service d'un dessein plus grand, et plus sombre.

Ils avaient chevauché deux jours et une nuit vers l'est, au fin fond du fin fond d'Alterac, perpétuellement gelé jusqu'au cœur. Corwin n'en vit pas grand chose, en travers d'un cheval, soigneusement ligoté et bâillonné, ce qui ne l'empêchait pas de s'agiter continuellement et de râler. Cette combativité à tenter de s'échapper, et à se prendre les coups de ses gardiens amusait Allistarjian, tandis qu'il songeait à la manière de le dresser et de l'empêcher d'user de ses pouvoirs.

Alors qu'il approchait la cinquantaine, le sombre magus commençait à redouter la mort, la même qu'il infligeait à ses rivaux et à ses serviteurs, et la vieillesse par extension. Ces deux craintes s'étaient retrouvées cristallisées par les dires d'Azeric, et il avait donc commencé à mener des recherches sur l'éternelle jeunesse, sur l'immortalité du corps et de l'âme. De plus, dans sa folie, il avait fait recueillir des orphelins, des repris de justice et des monstres de foire, et ce, afin de les transformer dans le glacial et inhospitalier creuset d'Alterac en une garde d'élite parfaite de force et de résistance. Leur matière servirait à créer le plus pur des élixirs de vie.
Sewyr menait donc tout cela de front, engageant des sommes faramineuses pour louer des ingénieurs, chercheurs, laborantins, garde-chiourmes et maîtres d'armes de tout poil et de tout bord. Une très grande partie de sa fortune a de cette manière a fondu comme neige au soleil pour l'entretien des cuves d'expérimentation et de détention, dans les six dernières années d'occupation du Manoir, dont les vastes terres alentours et les dizaines de souterrains servaient de terrains d'entraînement et de cellules (il est dit à ce propos que le Manoir Sewyr était il y a longtemps, au temps des premiers rois d'Arathor, une forteresse). Sewyr ajouterait donc Corwin à sa collection de petits soldats en puissance.

Ainsi commença six ans d'enfer physique pour l'adolescent albinos, mais aussi social. La vie au milieu d'une quarantaine de recrues était difficile pour lui qui ne les comprenait pas. Il avait oublié jusqu'à l'idée même du comportement à adopter face à quelqu'un d'autre, ce qui donnait de sinistres affrontements entre lui et ses camarades, au cours desquels il avait au début le dessous, ce qui n'arrangeait en rien son incompréhension.

Tous les jours, par tous les temps, les entraînements, les exercices physiques, les brimades et les bagarres se succédaient sans presque aucune interruption, ni variation. Corwin apprit le maniement des poignards, des épées, des rapières, des arcs, des fusils, des arbalètes avec une étonnante rapidité, ainsi que le pugilat, compensant par son agilité et sa vitesse son manque de force. Cet acharnement, pour fuir son mal-être, ses visions sans fin, à s'exercer tout en sachant presque pertinemment ce qui allait lui arriver attisait les haines et la jalousie des autres. Sauf d'un.

Kharadmon. C'était un personnage secret, qui ne semblait pas destiné à se lier d'amitié avec l'albinos. Il s'agissait d'un énorme worgen mâle, alpha, dont la crête qui ornait le haut de son dos jusqu'à son front contribuait à lui faire gagner les quelques centimètres qu'il lui manquait pour atteindre les deux mètres quarante, et qui, ajoutés à ses crocs longs comme des dagues et des griffes puissantes faisaient de lui un monstre bestial. Il ne reprenait jamais forme humaine et ne parlait que peu. Corwin avait vaguement compris qu'une mixture élaborée par leur maître commun lui avait rendu la raison et la maîtrise de son corps, sans pour autant lui redonner une apparence plus classique. C'était sans doute voulu. Cette amitié commune, de deux déracinés, prisonniers dans le fin fond d'Alterac, forgés chaque jour pour servir, défendre et mourir, incompréhensibles pour le reste mais qui enfin se reconnaissaient formait un duo redoutable et complémentaire, la force d'un titan commun et l'agilité d'un avorton grandi peu à peu par son savoir.

Ils devinrent ensemble au fil des missions des tueurs affûtés, des assassins parfaits, exactement ce que le comte souhaitait comme gardes du corps. Ce fut tout naturellement ensemble qu'ils mirent fin aux brimades que Corwin subissait des autres, et ensemble qu'ils échafaudèrent des plans pour s'échapper, sans le secours de la magie de Corwin, assourdi par Sewyr.


Ils faillirent bien réussir. A quelques jours de leur évasion, ils furent pris au piège par le cours des événements que Corwin n'avait pu prédire avec certitude, ce qu'Allistarjian Sewyr avait mis six ans à mettre en place.

Les laboratoires des abysses, où nuit et souffrance régnaient unies, couronnées par le suprême ennui.

***

Note à propos du projet Résolution immortelle : Sewyr voulait créer des soldats parfaits, tant sur la maîtrise des armes que sur le physique. Ce corps, travaillé durant deux mille deux cents jours et nuits devait également subir un perfectionnement biologique et physiologique, en l'occurrence, le rendre insensible à de nombreuses maladies, poisons et toxines par acclimatation successive et permanente. Ce traitement, qui aurait dû prendre une quinzaine d'années fut ramené à dix sur ordre du comte, obligeant ses chercheurs à procéder à mener de front toutes les acclimatations. Cela aurait tué ses cobayes si des structures particulières n'avaient pas été mises en place et chacun d'entre eux plongé dans un sommeil profond et sans rêves théoriquement. Maintenus en vie artificiellement, nombre de ceux qui n'étaient pas morts durant les années de camp d'entraînement périrent à cause d'infimes maladresses, de surdosages, ou d'inanition. Concernant le projet Aeterna Vita, ses détails sont méconnus, ce plan devait rendre la pleine jeunesse d'Allistarjian Sewyr tout en l'empêchant de vieillir en employant les mêmes cobayes que pour Résolution Immortelle, ce qui était une gageure et une incommensurable folie.

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Re: La Fin des Jours - Récit impossible

Message par Corwin le Dim 8 Déc - 17:47

Chapitre 7 : Cris perdus dans la Nuit.

"Ils périront tous, car je suis celui qui apporte la fin de toute chose."

Corwin.

Il n'y avait qu'un silence pesant au début, toute sensation était gommée par il ne savait pas quoi. Ou plutôt, il ne voulait pas savoir quoi. Se souvenir était trop angoissant et atroce. La magie était tue. Sauf les images. Ses yeux intérieurs étaient ouverts sur les autres lieux. Il les contemplait sans fin, le temps n'ayant plus aucune signification. Il ignorait depuis combien de temps il était là, dans cet état étrange de langueur infinie, de flottement dans le rien, de conscience éclatée et sans limites. À la fois dans l'obscurité et dans la pleine lumière d'un millier de points de vues différents. Ouvrir les yeux ? Bien trop difficile.

Il pouvait continuer ainsi. De temps à autre il sentait quelque chose le brûler, quelque part plus bas, mais il ne se plaignait pas, puisque la sensation finissait par se diluer complètement dans l'absence.
Mais les souvenirs étaient très tenaces. Ils agissaient en souterrain, travaillant de concert avec une vision qu'il ne cessait de fuir. Il commença à entendre quelque chose, de manière fortuite et complètement étouffée. Le tempo régulier de son cœur et celui, paisible, de sa respiration. Il devait dormir, alors. Mais pourquoi rêvait-il alors, et devenait-il de plus en plus conscient ? Quelqu'un devait mal faire son travail là-haut.

Cet accès de conscience fut doublé par une attaque de réminiscences, qu'il combattit avec force. Après un effort extrême de volonté. Il lui avait semblé qu'un jour, ou bien une heure, quand bien même il ne s'était passé qu'un court instant, et au cours duquel il avait simplement froncé les sourcils. Et puis, ce fut le retour à la vraie nuit sans ses visions.

Ils étaient au grand réfectoire quand Il avait annoncé la nouvelle. Kharadmon avait levé la tête de son écuelle, tandis que lui, s'était contenté de tourner son attention vers la silhouette au balcon. Elle parlait, mais il ne l'entendait pas, submergé par une intuition atroce, qui lui avait fait tourner la tête de l'autre côté. Stupéfait, il avait vu la marche des ombres qui dissimulait une nuée d'assistants du Maître, qui se postèrent par deux derrière chacun de ses confrères de galère.

L'heure avait encore tourné. Cependant, il ne pouvait dire combien de temps il s'était écoulé entre ses deux accès de conscience. Il pouvait comparer cela à de la plongée. Il savait, malgré lui, qu'il changeait, sans qu'il ait de prise dessus. Une autre volonté présidait à cela, celle qui le faisait redescendre au fond dès qu'il remontait un peu la pente. Sa comparaison était peut-être la bonne après tout, puisqu'il se sentait flotter dans quelque chose de doux, ni chaud, ni froid. Ça l'environnait, l'enserrait doucement. Peut-être pas partout. Il y avait une présence derrière lui, sur son dos. Bien attaché. Sans doute. En attendant, ce qu'il refusait de voir recommençait à attaquer sa volonté. Entre les milliers de vues qu'il embrassait, les souvenirs de cette nuit là s'immisçaient. Il voulut les fuir, faire un geste.

Il fronça les sourcils dans un effort infini, gardant toujours les yeux fermés. Ils venaient quand même.

Par groupes de trois ils avaient progressé dans les entrailles du Manoir Sewyr, chacun s'arrêtant face à une porte que l'un des deux assistants avait par la suite déverrouillée, donnant accès à une salle, la même répétée pour les seize combattants.
La lumière crue qui tombait depuis le centre de celle-ci l'empêcha de bien voir ce qu'elle recelait, peut-être juste des formes droites au fond, tachées de points de lumière. Il n'en était pas sûr. Il sentit qu'on le mettait à terre d'un coup derrière les genoux, mais il ne fut pas surpris. Une piqûre dans le cou, la morsure des tranquillisants, sa vue se troublait déjà. Il les voyait s'activer, l'un le soulever et le poser sur le ventre tandis que l'autre ... Peu lui importait en fait. Il se laissait aller dans le délice absolu. La plaque sur son dos, l'autre sur son torse, les câbles, les tubes qui se plantaient ici et là, tout cela filait doucement, dans sa calme acceptation de son sort. Il volait vers la colonne de lumière, il sourit tranquillement aux opérateurs qu'il ne voit plus, alors que l'un sangle un étrange masque sur son visage. La vague le happe.


Silence.

Retour. Il se souvient maintenant de ce qu'il s'est passé, pourquoi et comment il en est arrivé là. Malgré tout, il commence à paniquer. Sentiment rapidement gommé par une charge. Le Temps s'ouvre devant lui, lui montrant ce qui doit advenir dans quelques heures. Quelqu'un viendra pour lui, Corwin, immatriculé 07 . 700 . 900 . 461, emprisonné depuis six ans dans une cuve, à la fois endormi et pleinement éveillé désormais.

Il l'attend.

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Dernière édition par Corwin le Lun 9 Déc - 12:00, édité 1 fois
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Re: La Fin des Jours - Récit impossible

Message par Corwin le Lun 9 Déc - 11:56

Chapitre 8 : Le Tour du Destin.

"Qu'à jamais règne la Nuit."

Corwin.

Bérangère Valdenor s'arrêta devant la porte et posa la main sur sa poignée. Elle était stressée par cet environnement chargé de magies distordues et de souffrances silencieuses, de même que le factionnaire élémentaire qui l'accompagnait en tenant un matériel d'écriture. La jeune fille de vingt-trois ans secoua ses boucles dorées qui moussaient derrière son chaperon réglementaire d'agent du Kirin Tor, rassemblant son courage. Elle devait se montrer digne de la confiance de ses pairs, qui l'avaient désignée pour participer à cette importante mission, alors qu'elle était en fin d'études arcaniques. De cette manière, elle pourrait clore en beauté son cursus et devenir un agent à part entière, œuvrant pour faire appliquer les lois magiques du Kirin Tor. C'était excitant et exaltant de se retrouver ici, pour de vrai. Néanmoins, elle avait un pincement au cœur et l'estomac noué lorsqu'elle avait vu ce qu'elle devait faire dans cette salle avec son tuteur.

Ce soir là de l'an 31, en plein printemps, une équipe élargie composé de vingt agents du Kirin Tor prit d'assaut le Manoir Sewyr, surprenant son maître et jetant la panique au sein de ses équipes de techniciens laborantins. Avec diligence, ceux-ci, des gobelins et des gnomes d'un obscur cartel, avaient été arrêtés, et leur employeur, Allistarjian Sewyr, promptement interrogé après un échange musclé de tirs magiques. Il leur avait remis ensuite la carte des laboratoires souterrains qu'il avait fait creuser, et les trois quarts des agents avaient alors pris le chemin des caves, laissant le traître magus sous la bonne garde de cinq vétérans.
Ils savaient plus ou moins ce qu'ils devaient trouver, et avaient tous en tête le protocole à appliquer. Entrer, décrire la salle, l'équipement et le sujet pour le rapport obligatoire. Éteindre toutes les machines, constater le décès, ressortir. Aucune place pour la pitié et le pardon. Ils représentaient un danger pour le reste du monde.

Bérangère était donc là, en train de ressasser le protocole d'action, main sur la poignée. Elle avait vu et entendu comment avait procédé son responsable de mission, elle n'avait qu'à répéter. Avec détermination, elle la fit jouer et entra, suivi par l'élémentaire parme. A peine dedans, elle ôta son masque, l'attachant à sa ceinture, saisie par la vue qui s'offrait. C'était extraordinaire, effrayant et exaltant.

Mais l'entraînement strict reprit rapidement le dessus, et la jeune mage prit une grande inspiration :

_ Factionnaire, veuillez commencer à noter.

La créature derrière elle sortit plume et encre et fit léviter le parchemin devenu raide comme le bois, créant rapidement un en-tête. Bérangère se concentra, évaluant d'abord la salle et son architecture, le cœur cognant contre ses côtes.

_ La pièce est de plan barlong, d'environ quinze mètres sur vingt-cinq, de plafond évalué à ... trois mètres cinquante. Le niveau du sol est inférieur d'un mètre à celui du couloir d'accès donnant sur la porte verrouillée. Celui-ci donne sur un palier d'un mètre cinquante de long, courant sur toute la largeur de la salle, puis une volée de cinq marches d'un mètre de large, centrées. Le sol est carrelé, l'éclairage est assuré par des lampes enchantées diffusant une clarté blanc bleuté froide. Le centre de la salle est occupé par une colonne de verre contenant le sujet. Derrière, contre le mur sud, un panel de machines gnomes, gobelines et techno-magiques. Près de la colonne, un bras mécanique blanc, replié.
L'ensemble baigne dans la semi-clarté des lampes sus-nommées, et de celles éclairant plus précisément le sujet.

Elle soupira, clignant des yeux. C'était assez correct pour commencer. Elle dévala les marches, se planta devant le verre et posa sa main dessus. La matière était lisse, légèrement froide, malgré ses gants. Chassant une boucle rebelle de devant ses yeux bleus, Bérangère jeta un œil au sujet, puis se força à le contempler, tournant autour de lui, à la fois fascinée et repoussée. Il n'y avait d'autres bruits que les ronronnements des appareils, les couinements des moniteurs et la respiration profonde du sujet, contrastant avec celle de l'agent, rapide et saccadée, qu'elle s'efforçait de calmer. L'élémentaire ne faisait pas de bruit, attendant la suite du rapport. Le vacarme des communs, au rez de chaussée du Manoir et dans les étages supérieurs ne s'entendait plus ici. Pour le moment, tout se passait parfaitement bien, et elle reprit, un peu plus rassurée :

" _ Description du sujet. Le sujet est âgé d'environ vingt-cinq ans, mesurant moins d'un mètre soixante dix pour un poids réduit. Sa carnation est très pâle, blanche même, malgré l'éclairage, de même ses cheveux mi-long. Les quelques éléments en notre possession montre que celui-ci est atteint d'albinisme. En dépit de l'environnement liquide dans lequel il est retenu, le sujet possède une musculature sèche, celle d'un homme rompu au combat. Quelques cicatrices sont visibles, la plus remarquable est celle sur son abdomen, suit ses hanches pour terminer sur ses reins. Son dossier atteste que ses iris sont incolores, bien qu'actuellement, ses yeux soient fermés, le cobaye étant endormi.

Description de son équipement. Le sujet porte deux appareils techno-magiques permettant d'assurer son existence et son impassibilité. Premièrement un masque noir triangulaire, maintenu en place par une sangle passant au dessus de ses oreilles. L'arrivée d'air se fait au niveau du nez, un tube flexible sur la partie basse qui ensuite file vers le haut de la colonne et en ressort, se rattachant à ce bras mécanique gobelin, puis à un module de l'aire des machines. De plus, sur le haut de son dos, avec un prolongement sur son torse, juste sous ses pectoraux, un ..."

Elle arrêta sa description, s'empara du dossier récupéré dans les étages supérieurs du Manoir du comte et rechercha le terme manquant. Le trouvant finalement, elle toussota, replaça une mèche rebelle derrière l'oreille et reprit :

"_ ... un inhibiteur de classe deux, attaché au dos du sujet par des griffes rétractiles présentes sur l'ensemble du périmètre de l'objet, et piquées sous sa peau. L'inhibiteur possède plusieurs réservoirs reliés au masque par quatre tubes fins, et un cinquième, plus large, sur l'avant. Il garantit l'absence de réaction du sujet à la douleur, qui sans lui serait insoutenable."

Bérangère prit une courte pause, se détournant de sa future victime pour se diriger vers les machines, les examinant attentivement et jetant de fréquents coups d'œil au dossier récapitulatif. Tout ceci était excessivement compliqué. Mais elle devait le faire, malgré sa brutale prise de conscience de ce qu'elle allait faire. Elle allait tuer quelqu'un. Il ne le ressentirait pas, mais elle, oui. La nausée et le vertige l'envahirent alors qu'elle appuyait au hasard sur des boutons et abaissait des leviers. Elle pensait avoir baissé les bons, elle le voyait, malgré les tremblements à la limite de son champ de vision.

Néanmoins, ce ne furent pas les pompes à air qui s'arrêtèrent, mais l'inhibiteur, qui commença à glisser du dos de l'homme, ses griffes rentrées, révélant son dos lacéré, couvert d'une trentaine de petites blessures sanguinolentes. Il fronça les sourcils et agita la tête lentement, pour la première fois depuis des années.

L'agent continuait à s'escrimer sur le tableau de commandes, en vain. Il lui semblait que quelqu'un se jouait d'elle. Elle se concentra, chassa toute pensée négative, chercha l'origine du problème, et sursauta. La solution était devant elle. Mais on l'empêchait de la voir. Elle voulut se concentrer pour repousser l'illusion, car elle l'avait reconnue, c'était bien cela. Cette dernière s'accrocha avec force, ne voulant pas abandonner. Décidée à faire cesser cette contrariété, elle remonta jusqu'à l'origine qui avait donné naissance à cette création. Qui semblait être juste derrière elle, à quatre mètres. Elle se retourna, pensant tout d'abord à un sbire du Comte Sewyr envoyé pour l'entraver dans sa fonction.

Il n'y avait que l'élémentaire factionnaire qui finissait la mise en page du rapport et ne lui prêtait pas la moindre attention. De plus en plus troublée, sa vue et son ouïe se troublant, de même que son équilibre et l'ordre de ses pensées, elle reconnut là un début d'intrusion mentale et de possession. Et, par les Six, elle n'avait pas la force de le combattre, elle n'avait que son désespoir et sa culpabilité. Un craquement de verre retentit alors.

Bérangère fixa, médusée, le verre de la colonne se fendiller en rythme, comme sous l'action de poings invisibles à l'intérieur. Une certitude, qui n'était sans doute pas la sienne, se fit, elle comprit que c'était lui qui tentait de s'échapper. Un petit cri d'effroi lui échappa, complètement paniquée et clouée sur place par ce spectacle.

Lorsque Corwin ouvrit les yeux, elle se noya dans l'océan rubis de ses iris, saisie par leur fureur muette. Un instant hors du temps passa, puis tout explosa.

La prison de verre éclata en un millier d'esquilles acérées comme des dagues, restant un instant suspendues dans les airs, avant de filer à toute allure, dans toutes les direction. Le factionnaire fut projeté sur le palier, lâchant son rapport, il disparut dans un rugissement affaibli. Bérangère, elle, fut transpercée par les éclats, malgré sa tenue renforcée. Elle tomba à genoux en criant de douleur, projetée elle aussi par la vague de pouvoir brut et d'eau échappée. Corwin lui aussi tomba à genoux, l'inhibiteur glissant au sol, mais toujours rattaché au masque, lui aussi encore sanglé.

La jeune femme commençait à avoir froid, en plus de gémir de douleur à chacune de ses inspirations. Elle ne sentait même plus ses jambes, son dos ayant frappé avec violence le bas de la dernière marche. Dans un état second, Bérangère le vit se relever avec difficulté et arracher les derniers tubes qui l'empêchaient de se mouvoir à son aise. Enfin, elle vit se lever, lentement, toujours masqué et marcher vers elle. Même dans l'état pitoyable où elle se trouvait, gisant dans une petite mare de sang qui peu à peu à grandissait, elle pouvait ressentir sa puissance. Silencieusement, elle implora pardon pour avoir échoué et libéré un authentique monstre du cœur de l'enfer.

Corwin se tenait devant elle, en majesté, mais quelque peu dénudé. D'un geste de la main, il fit se détacher la cape de l'agent et s'en drapa, la toisant avec sauvagerie. Cette femme avait tenté de le tuer. Elle payerait le prix fort. Il se pencha vers elle, la main droite tendue, celle qui lui servait à évoquer toute sa puissance. Sa volonté se referma autour des vertèbres de Bérangère.

Elle n'avait plus peur. Elle avait vu, un court et terrible instant, toute l'étendue de la folie de Corwin, ces visions qu'elle n'avait pas pu contempler, et cette solitude atroce, mais aussi souhaitée. Elle prit conscience de sa presque parfaite inhumanité. Hormis son apparence, plus rien ne le rapprochait de la façon de penser de n'importe quelle race de l'Alliance, de la Horde ou de groupes plus neutres. Elle savait qu'il allait la tuer. Et elle accueillait avec joie cette nouvelle. Elle ne ressentirait plus cette souffrance qui la broyait en miettes.

Avec une délicatesse presque raffinée, Corwin lui brisa le cou dans un sursaut de volonté, partageant avec elle un dernier échange silencieux de regards.

Une fois le deuxième assassinat commis, il se décida à quitter pour toujours le Manoir, puis la région. Les quelques agents qui tentèrent de le tuer en retour échouèrent, leur cœur cessant de battre à la suite d'un assaut de la volonté du pâle jeune homme.

Et ainsi, il fuit.

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Re: La Fin des Jours - Récit impossible

Message par Corwin le Lun 9 Déc - 22:02

Chapitre 9 : Un nouveau maître.

"Ainsi se referme l'histoire passée du Vashta Ner'ada. Peut-être contient-elle une morale, qui pourrait se définir de cette manière : donnez un bâton à un homme, et il en fera une arme. Il en va de même pour un homme donné.
La suite de son histoire nous est obscure par la suite, ce qui explique mon parti de poser le point final à la fin de ce chapitre."


Thrysta Vindr.


Son errance commença à cet instant. Il affronta les rigueurs d'Alterac, ses tempêtes de neige, ses ogres, bandits et autres orcs, toujours poursuivi par le Kirin Tor, qui ne voulait pas voir ce monstre de laboratoire en liberté. La tâche de ses agents et de ses chasseurs était de plus aisée, car Corwin laissait une piste sanglante derrière lui. Il massacrait impitoyablement et avec une effroyable efficacité ses adversaires.
L'un de ces agents faillit réussir, mais fut balayé par la furie déchaînée et le laissa démembré et vidé de son sang. Ce fut là que les mages perdirent sa trace.

En Hautebrande puis Arathi, il prit conscience, de manière détournée mais qui le rendit fou de terreur. Alors qu'auparavant il ne se souciait ni de son chemin, ni de son apparence, traçant un sillon sanglant à travers les terres gelées, il déroba un grand manteau gris perle et des vêtements de cuir sombre, cacha son masque dans un sac de cuir éraflé, volé également, puisqu'il était sans le sou. Et également qu'il ne voulait pas être vu. Sa haine de l'humanité toute entière lui aurait fait commettre de nouveaux meurtres.

Il arpenta les Royaumes de l'Est, fuyant toujours plus loin vers le Sud, vers le lieu qu'il savait qu'il devait atteindre. Il était toujours persuadé qu'on le poursuivait, alors que ses ennemis avaient depuis longtemps arrêté de le chercher. Il avançait de nuit, dormait par petites tranches temporelles le jour, puisque ses yeux étaient terriblement fragiles. Comme il n'avait rien, il chassait et volait, souvent des créatures immenses et effrayantes. Les quelques témoins indirects de cela, nains, humains, gnomes, voire gobelins et orcs, nommèrent l'être qu'ils entrevirent parfois par un terme commun, dans un dialecte oublié : Vashta Ner'ada, l'Ombre qui ronge toute chair. Il rencontra néanmoins deux personnes qui ne lui donnèrent pas l'envie irrésistible de les tuer, Jezebel Krimzen et Samuel Myridan.

Lorsqu'il arriva dans les royaumes humains, sa réputation était bien établie et certaines personnes y prêtèrent attention.

Une nuit encore, au Bois de la Pénombre. Cette nuit-là était particulière, une nuit de pleine lune, la seule nuit où le Vashta Ner'ada ne sortait pas. Il s'était installé temporairement dans une ruine de la Colline-aux-Corbeaux, mais cela n'avait pas rebuté l'homme qui le cherchait.

L'histoire ne dit pas comment cet homme parvint à convaincre Corwin de le servir, mais depuis lors, il veille sur lui avec jalousie et loyauté.

Flinson Steelwood, car c'était lui, avait réussi à apprivoiser le sauvage maître d'ombres. Pourquoi avait-il décidé de se lier à l'industriel ? Était-ce parce qu'il avait vu quelque chose qui devait advenir par ce moyen ? Était-ce par jeu, par folie ou dans un but précis ?

Seul lui le sait.

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Crown the one who will bring the end,
The dawn will never rise again.
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Corwin

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